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2021, année post-pandémique?

L’avenir est la seule chose qui m’intéresse, car je compte bien y passer les prochaines années.

Woody Allen

L’année 2020 nous a laissé un héritage considérable, une expérience unique, dont les conséquences et opportunités à saisir sont en grande partie encore méconnues. Chose certaine, les soins primaires seront au cœur de cet avenir proche qui nous intéresse et que nous nous apprêtons à pleinement habiter. La recherche sur et en soins primaires, au service des usagers et des différents utilisateurs ce connaissances, devra être au cœur de 2021 pour saisir le plein potentiel de ce moment unique dans l’histoire moderne. Comme Churchill l’a pertinemment affirmé, « Il ne faut jamais gaspiller un bonne crise ». Ici, il s’agit avant tout de tirer des leçons sur les soins primaires, en contexte pandémique, pour penser l’avenir, notamment celui de l’éventuelle endémicité et celui d’autres pandémies. Puis il faudra concrètement relever les défis que posent les reports de soins depuis mars 2020, les souffrances silencieuses et l’encore méconnue situation des personnes vivant avec une forme longue de la COVID-19, qui seront naturellement pris en charge par les soins primaires.

Saisir la crise pour penser et accomplir un système de santé primaire apprenant sera au cœur du travail du Réseau-1 Québec pour 2021 et les années suivantes. Ne pas gaspiller le potentiel d’apprentissage de ce moment unique revient à réaffirmer l’importance de la recherche en soins primaires en tout temps, mais surtout en temps de crise. La recherche sur et dans les soins primaires, par nature fragile en raison de la complexité de ce milieu, a aussi été une victime silencieuse de la pandémie. Il faudra donc déployer des forces et de la créativité nouvelles pour leur permettre de pleinement jouer leur rôle essentiel.

Nous vous souhaitons, chers membres et ami-e-s du Réseau-1 Québec, une année 2021 pleine de créativité.

Yves Couturier, Directeur scientifique du Réseau-1 Québec



Bienvenue aux nouveaux membres!

Le R1Q souhaite la bienvenue aux 34 nouveaux et nouvelles membres qui se sont inscrit-e-s entre le 15 octobre 2020 et le 15 janvier 2021, incluant ceux et celles qui participent au répertoire des membres.

Abbesha NadarajahLuc Bergeron
Amélie FelxMarguerite Cardoso
Ana MarinMarie-Audrey Peel
Anne SullivanMarie-Pierre Gagnon
Benoît Marchand-AntoninMark Roper
Brandon-Lee LadouceurMaud Mazaniello-Chezol
Chantal GuimontMehdi Mousavi
Elizabeth ScottMimi Israël
Emelia HechtOulhakoum Abdenbi
Eric MercierPascaline Kengne Talla
Helen-Maria VasiliadisRenée Proulx
Horea GhiranSharon Hatcher
Jamieson ClarkTatyana Saba
Jérémie BeaudinTibor Schuster
Josée GrenierTracie Barnett
Kathleen RiceVincent Lemieux
Kossi Adandjesso

Au plaisir de collaborer!



Félicitations aux lauréats de l’appel à projets de développement 2020-2021

Le Réseau-1 Québec tient à féliciter les équipes suivantes pour le financement de leur projet dans le cadre de l’appel à projets de développement 2020-2021 :

Une contribution additionnelle accordée par les départements de médecine de famille et médecine d’urgence de l’Université Laval, l’Université de Sherbrooke et de l’Université McGill nous a permis de financer quatre projets supplémentaires cette année. Nous remercions les départements pour leur collaboration! 

Il s’agit d’une année très compétitive, ce qui signale la vitalité du réseau malgré la pandémie. Encore une fois, bravo!

L’Équipe du Réseau-1 Québec



Webinaire du Réseau-1 Québec : « COVID Longue, EM-SFC et Hippocrate: Une histoire de partenariat patient »

Le Réseau-1 Québec a le plaisir de vous inviter à son prochain webinaire :

COVID Longue, EM-SFC et Hippocrate: Une histoire de partenariat patient

Date : le vendredi 26 février 2021
Heure : 12 h à 13 Inscription https://attendee.gotowebinar.com/register/227465179429426704

Conférencier :  Simon Décary, physiothérapeute et chercheur

Description : Le 28 février 2020 marquait le premier cas confirmé de COVID-19 au Québec. La première année sera synonyme d’hospitalisations et de décès, culminant avec la découverte exceptionnelle d’un vaccin efficace. Or l’emphase sur ces deux marqueurs pour organiser la réponse COVID au Québec a jusqu’à maintenant mis de côté les patients atteints de la COVID Longue, un terme crée par les patients pour décrire les symptômes persistants et handicapants liés à la COVID19. À l’échelle internationale, plusieurs patients atteints de la COVID Longue continuent d’en ressentir les impacts même après 9 à 12 mois — ceux-ci ont demandé à l’Organisation mondiale de la santé la reconnaissance, la recherche et la réadaptation. Dans cette présentation, nous allons décrire l’historique et l’état des connaissances scientifiques entourant la COVID Longue. Nous allons observer le lien inquiétant entre la COVID Longue et l’encéphalomyélite myalgique. Nous discuterons des messages cliniques clés à indiquer aux patients consultants en soins primaires. Finalement, nous analyserons les modèles de pratique émergeant à l’échelle internationale avec comme conclusion l’importance d’investir rapidement des ressources multidisciplinaires en soins primaires pour supporter ces patients dans leur processus de récupération.

Objectifs :

  1. Apprendre l’historique de l’émergence de la COVID Longue.
  2. Décrire les principaux symptômes persistants liés à la COVID Longue et établir les connaissances actuelles sur les trajectoires possibles de ces symptômes.
  3. Réfléchir au lien entre la COVID Longue et l’encéphalomyélite myalgique.
  4. Établir les principaux messages cliniques aux patients en soins primaires concernant la prise en charge de la COVID Longue.
  5. Décrire les modèles de pratique internationaux de la prise en charge de la COVID Longue et définir la place centrale des soins primaires dans l’organisation des services.


Audience cible : Ce webinaire s’adresse à tous les membres de Réseau-1 Québec, incluant les clinicien-ne-s/praticienne-s, chercheur-e-s, gestionnaires et décideur-euse-s, patient-e-s / proches aidant-e-s, résident-e-s et étudiant-e-s. 


Remarques : Vous pouvez participer au webinaire par internet ou par téléphone. Une fois inscrit, vous recevrez les détails de connexion. Pour celles et ceux qui ne peuvent y assister, un enregistrement du webinaire sera disponible sur notre chaîne YouTube quelques jours après la présentation.



Un texte de réflexion de Jean-Frederic Levesque : Infodémique et pandémique: preuve scientifique en temps d’incertitude

Ce texte fait partie d’une série de réflexions sur la première ligne en contexte de pandémie du Réseau-1 Québec. An English version is available here.

Pandémie – émergence de l’incertitude

Début Janvier 2020. Un sentiment d’incertitude apparait aux premières nouvelles de l’infection. SARS-CoV-2? Un nouveau Syndrome Respiratoire Aigu? Les appels-conférences ont rapidement démarré. En Australie, la Chine, c’est tout près. Sur plusieurs dimensions : géographiques, économiques, sociales. Avant la pandémie, la Chine représentait le tiers de toutes les exportations et plus de 45 000 étudiants étrangers dans les Universités australiennes.

Une éclosion de syndromes respiratoires à Wuhan, c’est rapidement un gros problème en terres Australes. Le 1er février, nos frontières étaient fermées à la Chine et dès la mi-mars, également à l’Iran, l’Italie et la Corée du sud. Dès le 21 mars, les frontières étaient entièrement fermées pour ce qui allait s’avérer la majorité de 2020, et est toujours le cas en ce début de 2021. Il n’y a toujours aucun voyage a l’étranger pour les Australiens, à moins d’obtenir une autorisation de voyage, et elles sont rares.

Au cœur de la mise en place de structures de réponses à la pandémie, le 22 mars, le mandat m’était confié de mettre en place une unité d’intelligence critique pour soutenir nos politiques publiques et de services face à la pandémie de SARS-CoV-2. La réalisation que les décisions à prendre au cours des prochains mois nécessiteraient un regard critique, par une équipe mobilisant des capacités avancées de synthèses de connaissances, d’analyses de données et de mobilisation de l’expertise clinique était à la base de cette décision. Le 26 mars, la COVID-19 Critical Intelligence Unit démarrait ces activités [https://aci.health.nsw.gov.au/covid-19/critical-intelligence-unit].

Big evidence – volume, vélocité, variété et véracité

Tout comme le concept de Big data, la pandémie a généré ce que l’on peut appeler la Big evidence. En termes de volume, plus 100 000 articles scientifiques (environ 4% des extrants scientifiques globaux pour 2020) ont été publiés [Else 2020]. En termes de vélocité, plus de 30 000 articles ont été publiés en prépublication, plusieurs d’abord sur le fil de presse, et les délais entre les études et la publication ont fondu, particulièrement pour les articles portant sur la pandémie. En termes de variété, la nature des articles publiées a changé au fil de la pandémie, les articles de modélisation et sur le diagnostic dominant en début et ceux portant sur les interventions de santé publique et la santé mentale plus récemment. La science (et la pseudo-science) a envahi les réseaux sociaux. Finalement, en termes de véracité, les rétractions scientifiques ont également fait presse, l’émergence de multiples opinions polarises et théories de la conspiration se sont ajoutées à la rareté des études apportant un éclairage contextualisé. Plus récemment, de tels constats portant sur les études autour des vaccins font aussi l’objet de débats.

Un tel rythme, cadence et complexité ont généré des défis importants pour la prise de décision clinique et au niveau des politiques publiques. Le rôle de l’unité que nous avons établie était de réaliser diverses synthèses rapides de la connaissance et la mobilisation des savoirs tacites pour soutenir la décision, de manière indépendante. Nous avons mis en place une équipe de synthèses rapides (dont les travaux étaient produits en moins de 24 heures en début de pandémie), une équipe sur les données empiriques (produisant un tableau de bord digital mis à jour quotidiennement et divers rapports hebdomadaires), un groupe d’intelligence clinique (incluant divers cliniciens académiques) et un groupe d’intelligence en recherche (coordonnant les activités de recherche en soins et services et sante publique) [Levesque et al. 2020].

Fondamentalement, les principes directeurs de l’unité sont : transparence des sources d’information, suffisance dans l’extraction et l’analyse, triangulation des types d’évidence, et transposition en contexte réel. Dans un tel contexte, les produits de l’unité devaient être rapides (souvent produits en moins de 24 heures), assez exhaustifs sans l’être trop, brefs et clairs, apportant un éclairage sur la preuve et non sur le détail. Un des enjeux demeure de produire des avis qui différencient l’absence d’évidence, l’évidence d’absence de preuve, l’évidence de preuves, la transposition de la preuve pour répondre aux questions formulées par les décideurs.

Incertitude comme plateforme de changement – prise de décision clinique et politique publique

Fondamentalement, la pandémie a créé une situation paradoxale sur le plan de la prise de décision fondée sur la preuve. D’un côté, la démonstration scientifique était mince en début de pandémie et de multiples décisions ont dû être prises en contexte d’incertitude, puis l’ampleur du corpus scientifique, et le fait que la science émergeait à un rythme rapide et a rapidement créer une situation ou la preuve était contradictoire, créant un autre type d’incertitude. La preuve changeait dans le temps et variait grandement d’un contexte à l’autre.

La pandémie étant un phénomène dynamique, diverses nations étant à différents stades épidémiques et les mesures adoptées pour contrôler la pandémie étant aussi variables entre contextes, divers résultats contradictoires se sont mis à apparaitre. Par exemple, le port du masque semble efficace dans certains endroits mais pas dans d’autres, les courbes épidémiques suggèrent des facteurs de transmission de l’infection très variables, les effets indirects de la pandémie ne se retrouvent pas partout au même point. Sans compter la variabilité des approches adoptées dans la gestion clinique des cas confirmés et des autres patients.

Un autre paradoxe émergeant porte en soit sur l’incertitude et l’impact de la recherche sur les décisions cliniques et de politiques. Si d’une part la qualité de la démonstration scientifique demeure faible sur plusieurs points, il n’en faut pas beaucoup pour influencer la décision. Si des revues systématiques solides ont habituellement de la difficulté à percer le secteur clinique et l’arène des décisions liées à la planification et aux politiques de santé publique en temps normal, en temps de pandémie, l’appétit pour la preuve, si faible soit-elle, s’est accru. Combinées à de bons mécanismes de communication avec divers groupes cliniques, allant de la première ligne, les soins d’urgences, les services communautaires et les spécialités cliniques, les revues et synthèses effectuées durant la pandémie ont rapidement trouver application dans des guides de pratiques cliniques et organisationnelles dans l’espace de quelques jours à quelques semaines (voir site web des communautés de pratique [https://aci.health.nsw.gov.au/covid-19/communities-of-practice].

La recherche et la dissémination scientifique en temps réel

La pandémie n’a pas qu’influencé comment la recherche a été utilisé dans la planification de la réponse à l’échelle populationnelle ou à l’échelle du système. La pandémie a aussi créé un contexte d’expérience naturelle où la recherche s’est vue intégrée à la prestation clinique ainsi que dans la gestion de la réponse populationnelle. De multiples études de cohortes ont émergé, des recherches en temps réel ont été financées et des méthodes novatrices de collecte de données ont créé divers laboratoires de recherche vivants en temps réel. Les dossiers médicaux électroniques de première ligne sont devenus accessibles grâce aux systèmes d’extraction rapide pour pouvoir monitorer la situation en temps presque réel, en utilisant la première ligne comme sentinelle.

Le système de santé s’est transformé rapidement, particulièrement en ce qui a trait à l’arrêt des procédures électives, une réduction drastique de la demande discrétionnaire de soins, le recours aux technologies de l’information pour les soins à distances et la réorganisation des processus de soins et trajectoires des patients. Dans un tel contexte d’effervescence, capter la transformation par la collecte de données expérientielles est venue complémenter les mécanismes plus formels de recherche en soins et services.

À l’échelle de la prestation clinique individuelle, divers instruments électroniques ont été mis en place pour capter et circuler l’information relatives aux cas de COVID-19, créant une opportunité d’étudier cette cohorte, au-delà des essais cliniques en cours. Nombreux cliniciens ont aussi fait face aux questions de leurs patients concernant la pandémie, puisant dans les travaux quotidiens de l’unité d’intelligence critique pour y apporter réponse, malgré l’incertitude. Discuter de la science et la preuve, de l’incertitude et les débats sur des questions épineuses, à ainsi pris de l’importance dans l’espace clinique.

À l’échelle des décideurs, soutenir une réponse proportionnelle au risque et à l’émergence de la preuve, a nécessité de mettre en place des outils de communications et de diffusion de la preuve scientifique. Les besoins d’intégrer les diverses formes de connaissances et de discuter la force de la preuve scientifique sont devenus partis du quotidien de la décision sur les politiques publiques.

Un nouveau paradigme pour la recherche?

La pandémie a créé un contexte particulier pour la recherche et le transfert des connaissances qu’il serait difficile de générer en temps normal. Le sentiment d’urgence, l’émotion et la complexité de la situation sont en soi uniques. Néanmoins, il faut apprendre de cette expérience et influencer notre façon de financer, planifier et réaliser la recherche pour les phases ultérieures de la pandémie et ce qui adviendra ensuite. Plusieurs chercheurs ont traversé la frontière entre recherche et activisme durant la pandémie. Plusieurs chercheurs se sont transformés en pan-experts, en omni-experts, ayant un point de vue sur plusieurs thèmes qui dépassent nettement les frontières de leur compétence de chercheurs. Mettre en place des mécanismes permanent et rigoureux pour jouer ce rôle, est fondamental. Structurer la recherche et les activités de dissémination scientifique dans l’horizon temporel du clinicien et du décideur est possible, la pandémie nous y a poussé!

La question n’est peut-être plus essentiellement « comment disséminer» mais aussi « comment faire la recherche en contexte réel ». Transposer les opportunités crées par la pandémie, un ennemi commun qui a capté l’attention de tous depuis des mois, ne sera pas facile quand soudainement tout le monde recentrera son attention, chercheurs, cliniciens et décideurs inclus, sur une multitude de champs d’intérêt. La notion de débat et d’intégration des connaissances pour répondre aux questions complexes, est une avenue que notre unité d’intelligence critique explore, pour transposer une structure érigée en urgence, en une structure permanente combinant les mêmes ingrédients et méthodes, dans un contexte péri-pandémique. Le défi est devant nous. Un an plus tard, l’incertitude est encore omniprésente sur plusieurs fronts.

Jean-Frederic Levesque, MD, PhD, FRCP

Président directeur général, Agency for Clinical Innovation, New South Wales, Australie, Professeur adjoint, Centre for Primary Health Care and Equity, University of New South Wales

Références

Else, H. How a torrent of COVID science changed research publishing — in seven charts. Nature 588, 553 (2020). https://www.nature.com/articles/d41586-020-03564-y

Levesque, J-F., Sutherland, K., Watson, D.E., Currow, D.C., Bolevich, Z., Koff, E. Learning Systems in Times of Crisis: the Covid-19 Critical Intelligence Unit in New South Wales, Australia. November 23, 2020. https://catalyst.nejm.org/doi/full/10.1056/CAT.20.0542



Mobilisation des médecins de famille en recherche

Le R1Q a demandé à la SPOR Evidence Alliance de produire une revue systématique sur la mobilisation et l’engagement des médecins de famille à la recherche en soins de première ligne afin d’informer les quatre réseaux de recherche axée sur les pratiques de première ligne (RRAPPL).

Voici le rapport final ainsi que le sommaire en français, et un sommaire en anglais. Cette revue a permis aux RRAPPL de valider certaines de leurs pratiques. Nous travaillerons de près avec eux pour intégrer quelques autres recommandations issues du rapport.

Summary available in English >>



Un texte de réflexion de Karina Prévost : Chronique de confinement

Ce texte fait partie d’une série de réflexions sur la première ligne en contexte de pandémie du Réseau-1 Québec. An English version is also available.

Depuis plusieurs années déjà, je me suis engagée dans le partenariat de mes propres soins. C’était important puisque, étant atteinte de fibrose kystique, j’ai appris à mieux connaître ma maladie et à discuter avec mon équipe soignante. Toute ma vie, j’ai navigué dans ce gros paquebot qu’est le réseau de la santé. J’y ai vécu des échecs terribles et de beaux succès, dont la réussite de ma greffe bi-pulmonaire il y a de cela six ans. J’ai toujours reçu des soins de la plus haute qualité dans un système souvent essoufflé, roulant à vitesse grand V, et j’éprouve beaucoup de reconnaissance envers l’ensemble du personnel soignant.

Je souhaitais faire un geste pour dire merci, mais je ne savais pas comment. Depuis longtemps, je portais un gros sac à dos où j’avais rangé mes expériences de soins et de vie avec la maladie, mais je n’arrivais pas encore à comprendre à quoi cela pourrait servir. J’en ai parlé à quelqu’un et une porte m’a gentiment été ouverte. C’est à partir de ce moment-là que je suis devenue patiente-partenaire.

Depuis quelques années déjà, je collabore avec le Réseau pancanadien de la SRAP sur les innovations en soins de santé de première ligne et intégrés (Réseau ISSPLI), dont le Réseau-1 est la composante québécoise. Dans le cadre de ce réseau, je suis l’une des représentantes québécoises du Conseil pancanadien des patients. Chaque mois, depuis un peu plus de deux ans déjà, je retrouve une dizaine de collègues de toutes les provinces du pays. Nous nous réunissons pour échanger au sujet des meilleures pratiques de partenariat patient au pays. Nous discutons beaucoup. C’est un réseautage qui est profitable parce qu’il permet de briser certaines barrières. Ainsi, nous arrivons à mieux comprendre les réalités de partenariat de chaque province et du même coup, à travailler en collaboration.

Chose certaine, l’atmosphère y est dynamique et les projets ne manquent pas!

À la fin de l’hiver dernier, les choses allaient bon train, puis le 23 mars arriva. Le Québec fut mis sur pause et une série de mesures similaires ont été déployées dans l’ensemble des provinces canadiennes. Malgré tout le tumulte engendré par la pandémie, nous avons poursuivi nos activités. Et c’est mon engagement comme patiente-partenaire auprès du Conseil pancanadien des patients qui m’aura permis de traverser la première vague sans sombrer. C’est par la force du groupe que nous y sommes arrivés.

Notre rencontre de mars, prévue à l’horaire depuis longtemps, a eu lieu comme prévu. Cependant, lorsque nous avons fait l’habituel tour de table, force a été d’admettre que plusieurs d’entre nous n’allaient pas très bien : anxiété, stress, difficulté de concentration, les choses n’étaient pas au beau fixe. Nous avions mille et une questions en tête et les réponses n’existaient pas. C’était très angoissant ! Ce jour-là, en prenant la parole, j’ai éclaté en sanglots en disant « J’ai peur de mourir. J’ai peur de ne pas pouvoir recevoir des soins ». J’étais devenue obsédée par la question des patients « non-covid », question qui me préoccupe toujours autant, dois-je préciser. 

Comme groupe, malgré nos difficultés individuelles, nous avons choisi de poursuivre nos activités, entre autres pour briser l’isolement. C’est à partir de cette décision commune qu’une solution intéressante a été proposée : et si l’on se voyait plus souvent? Idée que nous avons acceptée, avec beaucoup d’enthousiasme. 

Bien que nous vivions la pandémie chacun à notre façon, affronter un tel obstacle dans la peur, l’isolement et le manque de ressources ne devrait être le quotidien de personne. Nous avons augmenté le rythme de nos rencontres, à raison de deux par mois. Des rencontres plus informelles pour que l’on puisse se soutenir et s’encourager. Ces rendez-vous sont devenus un phare dans le brouillard qui avait envahi mon quotidien depuis le début de la pandémie. Ces rencontres m’ont permis de reprendre confiance en mes capacités et de me sentir moins seule avec mes soucis « covidiens ». Éventuellement, j’ai su puiser dans mon « sac à dos de savoirs expérientiels. » J’y ai trouvé de la résilience, et une importante capacité d’adaptation, qui m’ont permis de mieux vivre depuis.

Cet été, les patients-partenaires du groupe ont participé aux webinaires du Réseau ISSPLI et nous avons eu le privilège d’en animer un : « Rendre l’invisible visible: le pouvoir des partenariats entre les patients et leur communauté ». De plus, nous prévoyons produire bientôt des balados où nous discuterons de partenariat patient selon les réalités vécues par chacun. Nos rencontres ont repris un horaire régulier et nous fonctionnons bien malgré la deuxième vague qui sévit partout au pays.

Parfois, lorsque l’on me demande à quoi ressemble la vie avec la maladie, j’aime proposer l’image d’un château de cartes. Au gré du vent et de l’adversité, j’ai dû apprendre à composer avec des choses parfois étonnantes pour ensuite mieux poursuivre ma route. J’ai reconstruit certains aspects de ma vie. J’ai vécu de nombreux deuils et d’importants changements. C’est une vie complexe qui a pris tout son sens dans le bonheur, la résilience et surtout la ténacité. N’oubliez pas que lorsqu’un patient-partenaire vous parle, dans un contexte de partenariat patient, il le fait dans un esprit d’ouverture, de générosité, et souvent, parce qu’il trouve que c’est une valeur ajoutée importante dans le grand tableau du système de soins de santé.

Récemment, il m’est arrivé de discuter avec des patients-partenaires qui m’ont confié n’avoir eu aucune nouvelle des équipes de recherche auprès desquelles ils étaient impliqués. Certains ont même évoqué vivre un sentiment d’abandon, comme si leur apport ne comptait pas vraiment. Les temps sont durs pour tous ; un court suivi, un rappel, un petit bonjour peut faire une différence dans un contexte où plusieurs patients-partenaires sont isolés depuis plusieurs mois et vivent des moments difficiles.

Bien que ce texte n’engage que mon opinion, je m’exprime ici à titre de patiente-partenaire membre du Conseil pancanadien des patients. Tout ce que j’ai mentionné ci-dessus n’engage que moi. N’ayez crainte, je n’ai pas la prétention de parler au nom de tous les patients. Je tiens à spécifier que je serai là, une fois la pandémie passée, prête à vous aider, à collaborer afin de partager mon savoir expérientiel qui je l’espère, pourra continuer de contribuer à l’enrichissement des soins de première ligne. Je nous souhaite des apprentissages qui viendront améliorer la qualité des soins offerts aux patients.

Ceci dit, je peux aussi vous affirmer qu’après huit mois de confinement, j’ai vraiment très hâte de vous voir en « vrai ». Il y a une lumière au bout de ce long tunnel, elle s’appelle 2021.

Karina Prévost, patiente-partenaire et membre du Réseau-1 Québec



Webinaire du R1Q : Mener un projet de recherche multi-provinces en partenariat avec des patients : l’expérience de l’équipe PriCARE

Le Réseau-1 Québec a le plaisir de vous inviter à son prochain webinaire : 


Mener un projet de recherche multi-provinces en partenariat avec des patients : l’expérience de l’équipe PriCARE


Date : le vendredi 11 décembre 2020
Heure : 12 h à 13 Inscription : https://attendee.gotowebinar.com/register/5677902646310786318
Conférencières :  Catherine Hudon, Véronique Sabourin et Maud-Christine Chouinard

Description : Ce webinaire présenté par Catherine Hudon, Véronique Sabourin et Maud-Christine Chouinard s’inspire de l’expérience de l’équipe PriCARE financée par une subvention programmatique des IRSC dans le cadre du Réseau ISSPLI (le Réseau pancanadien de la SRAP sur les innovations en soins de santé de première ligne et intégrés). S’appuyant sur une description de la gouvernance de l’équipe PriCARE et décrivant brièvement le projet, des exemples concrets seront présentés expliquant la contribution des patients partenaires dans l’équipe.

Objectifs : 
1) Comprendre la structure de gouvernance de l’équipe PriCARE;
2) Avoir une idée générale du projet PriCARE;
3) Partager des exemples concrets de contribution des patients partenaires pouvant être transposés dans d’autres projets


Audience cible : Ce webinaire s’adresse à tous les membres de Réseau-1 Québec, incluant les clinicien-ne-s/praticienne-s, chercheur-e-s, gestionnaires et décideur-euse-s, patient-e-s / proches aidant-e-s, résident-e-s et étudiant-e-s

Remarques : Vous pouvez participer au webinaire par internet ou par téléphone. Une fois inscrit, vous recevrez les détails de connexion. Pour celles et ceux qui ne peuvent y assister, un enregistrement du webinaire sera disponible sur notre chaîne YouTube quelques jours après la présentation.



Un texte de réflexion de Martin Fortin: Choisir son combat : la COVID-19 et moi

Ce texte fait partie d’une série de réflexions sur la première ligne en contexte de pandémie du Réseau-1 Québec. Article publié originalement le 23 octobre 2020. An English version is also available.

Au mois de mars dernier, la province a été mise sur pause. Tout s’est arrêté. En fait, tout sauf le système de santé qui est passé en mode gestion de crise. L’ennemi microscopique a précipité une panique dans la population et chez tous les intervenants du système de santé. Du jamais vu!

En soins de première ligne, tous les intervenants se sont retrouvés dans un chaos. Beaucoup de questions, peu de réponses. Réorganisation obligatoire: tout le monde en mode protection. Protéger les autres. Les patients. Les plus vulnérables. Se protéger des autres également avec nos propres vulnérabilités. On a assisté à des situations inédites: arrêt de chirurgie non urgente, médecins spécialistes sans possibilité de travailler, arrêt des consultations externes, délestage d’activités, réaffectation massive du personnel, arrêt de la majorité des activités de recherche. Et tout ça alors que la communauté souffre un grand dérangement avec la fermeture des commerces, des écoles, des régions.

Dans nos organisations de soins, tout le monde a dû réfléchir à ce qu’il allait faire se redéfinir. Quel rôle jouer? Rien n’est dicté. On doit construire l’avion et voler en même temps. Comme chercheur et clinicien médecin de famille je me suis retrouvé devant un choix: quelle partie de l’avion pourrais-je aider à construire?

Les collègues de mon GMF ont été des pionniers dans l’application des mesures prescrites par les autorités. Des champions. Nous nous sommes serré les coudes. Tout a été réorganisé. Dans cette effervescence chaotique, comme chercheur plutôt en fin de carrière, je me suis senti tout à coup d’une grande inutilité. Protégé par les collègues pour raison d’âge et paralysé dans mes recherches, je ne pouvais accepter de ne pas contribuer à l’effort collectif.

L’appel de la santé publique est arrivé à point nommé. On faisait face à des éclosions; on venait de rapatrier des professionnels de tous les secteurs vers la santé publique. On avait besoin d’une équipe médicale pour aider à la réalisation des enquêtes épidémiologiques. Je me suis engagé.

D’abord apprendre: les recommandations intérimaires (ce mot s’est avéré très important) de l’Institut National de Santé Publique pour les cas communautaires, pour les travailleurs de la santé, pour les résidences pour personnes âgées, pour les CHSLD. Connaître aussi le contexte juridique: les mesures d’urgence, la sécurité publique, le pouvoir de la direction de la santé publique, la loi de la quarantaine. Puis jongler avec la gestion du risque et ses conséquences. Tout un changement pour un clinicien habitué à traiter des patients individuellement et pour un chercheur dédié aux patients avec des maladies chroniques multiples! Tout ça peut s’apprendre rapidement quand on accepte que ce qui est vrai aujourd’hui peut ne plus appliquer demain! Après tout, on construit l’avion!

Du jour au lendemain nous nous sommes retrouvés dans une équipe médicale relativement éclectique: médecins de famille, médecins d’urgences, chirurgien, médecins spécialistes, professionnels de toute discipline. Tous prêtés à la santé publique pour différentes raisons et œuvrant pour une même cause: la protection des patients et de la communauté.

Avec l’arrivée de l’été, nous avons connu l’accalmie. Reprise progressive des activités dans un mode redéfini, ce qui est devenu petit à petit une nouvelle normalité. En clinique: téléconsultation, limitation du temps de visite en personne, distanciation, équipements de protection. En recherche, reprise lente des activités. Retour vers les comités d’éthique avec demandes de modification: protocole, consentement, déroulement. Il faut s’adapter à une nouvelle réalité sur le terrain. La COVID-19 est là, on ne peut l’ignorer.

Et l’accalmie fut de courte durée. Avec l’arrivée de l’automne, le Québec a déployé son code de couleurs inspiré de la saison sans doute et les régions de vertes initialement ont passé au jaune, à l’orange et au rouge à des rythmes différents. Que nous réserve l’hiver?

Nos gouvernements ont généreusement investi pour aider la population à passer à travers l’épreuve. Nos organismes de financement de la recherche également. On a vu passé plusieurs opportunités de financement pour générer des connaissances. Il faut comprendre ce virus, son mode de transmission, ce qui le détruit, ce qui l’active, ce qu’il entraine comme réaction chez l’animal, chez l’humain. Il faut aussi comprendre la crise que nous vivons, son impact dans la population, chez les enfants, chez les personnes âgées, chez les plus vulnérables. Bref, on a tout à connaitre. Pour plusieurs chercheurs dont les recherche étaient sur pause, l’occasion était idéale pour contribuer à répondre à ses questions. Bravo et merci de mettre vos recherches de côtés et de travailler pour cette cause qui nous touche tous!

De mon côté, j’ai fait le choix de garder le fort. Je n’ai appliqué à aucun programme de financement. Ce n’est pas l’appel que j’ai senti. Je suis resté dans l’immédiat, dans la gestion de la crise. Ça venait chercher ma fibre de chercheur, de soignant, de premier répondant mais ma peur également; j’avais besoin de contribuer à faire la différence en agissant promptement, j’avais besoin de soigner mes propres craintes. Notre arme la plus sure en ce moment est le contrôle de la propagation ce qui implique l’identification rapide des cas et des contacts, leur stratification et les mises en isolement. Ça parait simple à première vue mais la mise en application est parfois très ardue. Ça prend une cueillette de données avec certaines limites il va sans dire, une analyse personnalisée en temps réel. Chaque situation doit être évaluée dans sa globalité. Et il faut certainement jouer au détective pour identifier la source, émettre des hypothèses et tenter de les valider. Bref il y a beaucoup d’éléments qui rejoignent les habiletés requises en recherche. Alors pour moi, il y avait une logique à m’y plaire. Et de retrouver dans l’équipe de santé publique, si éclectique fut-elle, les mêmes valeurs que j’attends chez mes collaborateurs en recherche m’a incité à m’y accrocher. Bienveillance, vigilance, rigueur, capacité d’adaptation, résilience, autant d’attributs que j’ai retrouvés chez mes collègues médecins, infirmières, kinésiologues, nutritionnistes, hygiénistes dentaires, ergothérapeutes tous travaillant avec un seul but, contribuer à freiner la propagation de l’ennemi invisible dans une perspective transdisciplinaire; un concept appris en recherche mais que j’expérimente véritablement en santé publique!

En date du 22 octobre une recherche sur Pubmed identifie 66496 articles portant sur la COVID-19. Ma contribution à cette recherche a été nulle. En date du 22 octobre, le Saguenay Lac-St-Jean cumule 891 cas de Covid-19 dont 290 cas actifs et 1229 personnes en isolement au moment d’écrire ces lignes soit environ 0,5% de la population. Tous nos efforts sont déployés pour garder ces chiffres au plus bas niveau possible. Peut-être je déçois mon université en ne participant pas à l’effort de recherche mais c’est pour ma communauté que j’ai décidé de me battre. Dans cette dualité de chercheur et de clinicien qui m’habite, le choix des combats fait appel à des émotions que la raison seule ne peut expliquer mais que j’ai plaisir à écouter.

Martin Fortin, MD MSC CMFC
Professeur et chercheur, Département de médecine de famille
Faculté de médecine et des sciences de la santé de Sherbrooke
GMF-U de Chicoutimi
CIUSSS du Saguenay Lac-St-Jean



Second wave of COVID-19 & Primary Healthcare: A scan of needs and innovations

[message en français ici] 

Hello everyone,

After pausing for the summer, the COVID-19 & Primary Healthcare Scan of Needs and Innovations, led by Réseau-1 Québec and partners, is starting up again: a new survey about your experiences during the second wave of the pandemic will run from November 19th to December 23rd.

We want to know what you are experiencing! What impacts are you seeing in primary healthcare in Quebec? How are you adapting to the new increase in cases? Will any innovations or solutions be sustained after the pandemic? Answer these new emerging questions by taking part in the scan!

So far, your participation in the scan has allowed us to identify many needs and innovations in primary healthcare that have emerged in the context of COVID-19, which we have shared with our members, partners and collaborators. View the latest results!

Results related to innovations in service organisation>>
Results related to mental health>>

Do not hesitate to contact us at  if you have any questions.
 
Thank you for your participation! Stay safe!
 
Réseau-1 Québec and partners
 
Réseau-1 Québec is leading this scan in collaboration with:





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